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Marius Borgeaud
ou la magie de l'instant



16 novembre 2001 - 20 janvier 2002


L’œuvre de certains peintres donne envie d’en savoir plus, à défaut de prétendre en faire le tour. Marius Borgeaud en fait partie.

Entre 1960 et aujourd’hui, déjà trois monographies ont tenté d’éclairer le parcours d’un artiste pour le moins atypique mais combien attachant, dont le Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne et celui de Pully possèdent des toiles majeures, sans compter celles, nombreuses, en main de collectionneurs suisses et français.
Dans notre pays, les dernières expositions consacrées au "Vaudois de Paris" sont celles du Musée Jenisch en 1993, du Kunstmuseum de Winterthour en 1999, et la rétrospective que lui consacre, du 16 novembre 2001 au 20 janvier 2002, la Fondation Pierre Gianadda à Martigny.

Bien que né dans la capitale vaudoise en 1861,
– une plaque commémorative a été apposée sur son dernier domicile lausannois le 7 décembre 1999, à l’occasion de la publication du catalogue raisonné établi par Bernard Wyder –
ce sera à Paris, au tournant du siècle qu’il fera ses premières armes comme élève de l’atelier Humbert. Est-il entré aux Beaux-Arts pour faire oublier une période plutôt turbulente de sa jeunesse, au cours de laquelle il dilapide avec une certaine joyeuseté l’héritage qui lui échoit à la mort de son père ? Toujours est-il qu’on le retrouve bientôt dans le Poitou et en Seine-et-Marne, à Moret-sur-Loing.
L’expression du moment est alors franchement impressionniste.
Mais ce n’est pas en exposant dans les salons des tableaux correspondant au goüt du jour qu’il se fera remarquer. Marius Borgeaud agit en homme libre qui s’éprend de la Bretagne et l’évoque d’une manière éminemment personnelle, sans jamais céder au folklore. C'est surtout à partir des expositions chez Blot et Druet que l'œuvre du Breton de cœur retiendra l'attention de la critique et connaîtra un succès grandissant.

Chantre de l'intériorité


Hormis quelques paysages, scènes de rue, portraits ou natures mortes, Borgeaud se sent surtout attiré par la poétique des intérieurs, donnant à voir des mairies, des chambres à coucher, des pharmacies et surtout des bistrots en grand nombre.
Il avait dans un premier temps fait le tour de sa chambre ou de l’auberge qui l’abritait. Le voilà devenu très tôt chroniqueur de son époque et des lieux visités. Les trois principaux points de chute de son itinéraire pictural se suivent sans se ressembler : Rochefort-en-Terre et Le Faouüt (tous deux dans le Morbihan), enfin Audierne et sa baie, dans le Finistère, ultime étape avant son décès, survenu le 16 juillet 1924 à son domicile parisien.

De nouvelles œuvres font surface


Les artisans du catalogue raisonné savaient que de "nouveaux " tableaux de Marius Borgeaud n’allaient pas tarder à apparaître.
La précaution avait été prise de considérer dans l’inventaire de l’œuvre – on admet que l’artiste a peint quelque 350 toiles – des titres dont il n'existait pas de trace visuelle.
Aujourd’hui, le catalogue de la rétrospective de Martigny présente le visage de 16 nouvelles peintures. Certaines d'entre elles sont montrées pour la première fois ! Comme un miracle ne vient jamais seul, tout récemment une toile a été découverte derrière une autre toile de Borgeaud, révélant un magnifique paysage de Locquirec, daté de 1908. Jacques Dominique Rouiller, le commissaire de l'exposition martigneraine, a eu d'autres heureuses surprises, par exemple celle de retrouver la trace des photos que le docteur Victor Doiteau avait prises au domicile du peintre en juillet 1924, seulement quelques jours avant sa mort.

L'engagement d'une association


Fondée en 1993, l'Association des Amis de Marius Borgeaud (AAMB), visant à la promotion de l'œuvre, n'a pas fait de la figuration. Peu d'institutions culturelles du même genre ont mené à bien, dans un laps de temps aussi court, des projets aussi variés que la création d'un bulletin annuel, l'organisation de conférences, la mise sur pied d'un voyage en Bretagne, le soutien à l'élaboration d'expositions, la réalisation d'une vidéocassette retraçant le parcours du peintre, l'édition de cartes postales, enfin l'encadrement de la rétrospective présentée à la Fondation Pierre Gianadda. Le catalogue de l'exposition fait précisément une place aux personnalités qui se sont penchées sur l'œuvre de Borgeaud, au travers d'exposés présentés lors des assemblées générales de l'association. L'argent étant le nerf de la guerre, sans le soutien des membres de l'AAMB et de sponsors aussi fidèles que généreux, aucun projet n'aurait pu voir le jour.

Le chevalet du peintre parmi d'autres objets


Au-delà de la centaine de toiles exposées, auxquelles s'ajoutent des portraits de Borgeaud signés Picabia, Maurice Asselin et surtout Edouard Morerod, la rétrospective réunit un certain nombre d'objets ayant appartenu à l'artiste, parmi lesquels le chevalet, conservé entre autres éléments mobiliers grâce à Me Emile-Jean Teissèdre, légataire universel des époux Bernard-Borgeaud (Madeleine Borgeaud s'est en effet remariée avec René Bernard). Par ailleurs, quantité de documents inédits garniront les vitrines, permettant de mieux cerner la personnalité de ce peintre atypique qui savait que son œuvre connaîtrait le succès, mais post mortem !

En dehors d’une gestion incomparable de la lumière, entre le dehors et le dedans, il y a, attachée à presque toutes les toiles de Marius Borgeaud, une marque de permanence ou de pérennité au parfum d’éternité qui subjugue. On peut y ajouter les qualités d’un coloriste et d’un valoriste qui n’occultent en rien le "bâtisseur " inspiré au style inimitable.

Consultez la biographie de Marius Borgeaud

Association des Amis de Marius Borgeaud

p.a. Jacques Dominique Rouiller, rue de la Mercerie 1, 1003 Lausanne. Tél. et fax 021 312 42 23 E-mail : jdrouiller@vtx.ch

Cette exposition qui constitue, à n'en pas douter, un hommage d'importance à Marius Borgeaud, comporte un catalogue richement illustré, écrit avec la collaboration de plusieurs auteurs, 148 pages, CHF 45.- (env. € 30.-)

Commander le catalogue

 



 

La chambre blanche, 1924 Huile sur toile, 54 x 65 cm Collection privée
p. 111 du catalogue


La rue de l'Église, 1922 Huile sur toile, 55 x 46 cm Collection privée
p. 105 du catalogue


Les boules de neige, 1924 Huile sur toile, 81 x 65 cm Collection privée
p. 106 du catalogue


Rue de village (1915)
Huile sur toile 61 x 50 cm
Musée de Pully


La repriseuse de bas 1920
Huile sur toile 65 x 81 cm


Les joueurs de boules 1918
Huile sur toile 65 x 81,5 cm


La Bretonne qui passe 1922
Huile sur toile 65 x 81 cm
Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne


Intérieur aux deux verres 1923
Huile sur toile 97 x 130 cm
Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne