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Exposition future



JEAN LECOULTRE

28 novembre 2002 - 26 janvier 2003
ouverts tous les jours


de 10 heures à 18 heures



Il était temps de consacrer une rétrospective à Jean Lecoultre, qui est de ceux qui auront marqué l'histoire de la peinture suisse au XXe siècle. Rompant avec les sujets, les modes de représentation et les techniques traditionnels, Lecoultre aura affronté la réalité de son temps dans un langage nouveau. Il doit certainement beaucoup au surréalisme et au Pop Art; néanmoins, il s'est engagé dans une voie originale, en faisant transparaître l'envers fantasmatique des images médiatiques - on pourrait parler mieux que jamais d'"inquiétante étrangeté".

Son œuvre est elle-même marquée par une rupture, intervenue dans les années 60. La discontinuité a chez lui un caractère originaire, inventif, provocateur et constructeur à la fois. Elle opère spectaculairement, de manière récurrente et comme en abyme dans chacune des compositions, de même que, à une plus grande échelle, comme une scansion articulant les séries successives.

Lecoultre avait commencé par pratiquer la peinture en autodidacte, en s'inspirant notamment de Paul Klee. Il est allé vivre à Madrid de 1951 à 1957, séjour qui le marquera profondément. L'aridité des paysages, la fascination de la mort, la découverte du Prado, la lecture de L'Espoir de Malraux, vont le libérer de ses premières influences. Sa palette se nuance dans un registre terrien de tons jaunes, ocres, terre de Sienne, gris et noirs. De retour en Suisse, il fait encore de fréquents séjours en Espagne, qui reste sa source d'inspiration formelle, notamment chromatique, si ce n'est iconographique.

Vers 1962, Lecoultre va faire volte-face et affronter les aspects les plus agressifs de la modernité : la vie urbaine, les objets de série, les machines industrielles. Cet univers artificiel est hanté par des silhouettes tremblées, sans visage, qui se signalent par leurs seuls attributs sociaux : chapeaux mous, cravates et smokings; personnages évasifs et intermittents, qui paraissent lutter compulsivement contre une déperdition d'être, comme s'ils ne devaient leur existence qu'au flash du photographe ou à l'éclair d'une enseigne au néon. Tout au contraire d'un héroïsme de la vie moderne, on a le sentiment panique d'une représentation qui ne parvient plus à objectiver quoi que ce soit sinon son propre balayage optique.

A la fin des années 70, Lecoultre paraît vouloir interroger les nouvelles images médiatiques sur leur fonctionnement. L'aérographe, auquel il recourt intensivement, devient entre ses mains un instrument onirique qui, d'un souffle, annonce une figure et l'escamote. La prédilection pour l'émail synthétique, l'intégration dans le tableau d'éléments concrets tels que l'aluminium, le plexiglas, la fourrure synthétique ou la cellophane, ont pour effet de retenir l'attention sur le support même de l'image. Les peintures sur grilles métalliques, faites

d'une superposition de plaques régulièrement ajourées et peintes du même motif, fluctuent dans leur aspect selon le déplacement du spectateur, et jettent le soupçon sur la réalité même de ce qu'elles sont censées représenter.

A partir de 1975, dans les séries successives intitulées Territoires greffés, Etats de Sièges et Les Corps Constitués, le peintre met en scène des objets de l'univers domestique, mobilier contemporain, tringles métalliques, carreaux de salles d'eau, tissus et fourrures, mais qui s'interpénètrent, se greffent, s'hybrident, transgressant l'ordre des choses, et éveillant des consonances troublantes dans le subconscient. L'être humain réapparaît, mais prostré, dénué de toute volonté de puissance, incapable de se dégager d'une objectivité terriblement possessive, menacé de réabsorption par les choses, si ce n'est d'une déperdition d'existence.

De 1886 à 1889, dans la série des Domaines rapportés, le peintre intensifie son implication personnelle, il entre dans le champ de la peinture. Il délaisse l'aérographe pour le pinceau, comme pour resserrer aussi sur ce plan-là le contact matériel et corporel avec l'épiderme de la toile. Il joue avec plus de virtuosité que jamais des pouvoirs illusionnistes et désillusionnistes de la peinture, il annonce des réalités péremptoires qu'il escamote subitement ou qu'il transmue, comme pour nous prendre en "flagrant délire" de projection mentale.
Depuis 1993, les séries se succèdent, plus que jamais sous le signe du soupçon, comme l'indiquent leurs titres : Les Interviews, Ombres emportées, Pièces à conviction, Témoins retrouvés. Le peintre enquête, il ouvre une information sur une série de disparitions, qui ont évidemment un rapport avec les nouvelles formes de violence que nous connaissons à toutes les échelles, familiale, urbaine, étatique, mondiale. Il collecte les moindres indices et enregistre toutes les dépositions. Le spectateur, à son tour, interroge la toile comme un dossier troublant qui l'amène à échafauder les hypothèses les plus folles. Ce qui pourrait bien avoir disparu, somme toute, c'est le réel, victime d'un crime presque parfait.

L'exposition rétrospective réunira les œuvres les plus significatives de chaque période, notamment des peintures de grand format qui n'avaient encore jamais été présentées au public, ainsi qu'une sélection d'œuvres sur papier et d'estampes. Michel Thévoz, anciennement directeur du Musée de la collection de l'Art Brut à Lausanne, est le commissaire et l'auteur du catalogue de l'exposition.

Catalogue de l'exposition Jean Lecoultre

largement documenté, avec notamment la biographie et bibliographie ainsi que toutes les œuvres exposées reproduites en couleurs :

Commissaire de l'exposition :

Michel Thévoz assisté de Julien Goumaz

Auteur des textes:

Michel Thévoz, Christophe Gallaz, Freddy Buache, Jacques Chessex, Julien Goumaz, Florian Rodari Michel Butor

Pages: 175 pages, français,
Prix: broché SFr.45.-, € 31.50-



 

Témoins retrouvés N°XI,
1999
Acrylique, laque sur papier/aluminium
116x100 cm
Collection particulière
Lausanne


Documentaire N°IV
Autoportrait
1984
160x146 cm
Propriété de l'artiste


Documentaire N°XI
1985
130x116 cm
UBS art Collection


Interwiev N°VII,
1994
Acrylique, sur toile
130x116 cm
Collection Fondation Pierre Gianadda
Martigny


Up and down
2000
129x116 cm
Propriété de l'artiste


Panoplies N° II (Passé)
2000
100x70 cm
Propriété de l'artiste


Le pouvoir (ou L'aigle)
1969
52,7x43,9 cm
Collection Fondation William Cuendet - Atelier de Saint-Prex
Musée Jenish, Vevez


Les jeux sont faits
1969
61,7x45,3 cm
Collection Fondation William Cuendet - Atelier de Saint-Prex
Musée Jenish, Vevez


Cuenca
1960
Huile sur toile
114x146 cm
Collection particulière


La ville
1963
Huile sur toile
206x195 cm
Collection Banque cantonale Vaudoise


Dans le miroir
1964
38x28,5 cm
Bibliothèque cantonale universitaire
Lausanne