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PORTRAITS - COLLECTIONS DU CENTRE POMPIDOU

Exposition organisée par la FONDATION PIERRE GIANADDA et le CENTRE POMPIDOU - Paris
2 mars au 24 juin 2012
tous les jours de 10 h à 18 h

Parmi les genres picturaux issus de l’Académie, le portrait, dont on pouvait penser qu’il serait rétif aux diverses révolutions esthétiques, modernistes notamment, a produit la plupart des icônes de l’art du XXe siècle. On ne fait pas un portrait impunément sans que surgissent d’emblée des présupposés philosophiques, religieux, mythiques ou métaphysiques.

Cubiste, futuriste ou surréaliste, le portrait est un manifeste esthétique ; pour autant il semble ne jamais se départir tout à fait de ses obligations vis-à-vis du modèle. La semblance transcende la forme ; la défiguration est en fait une transfiguration. Quand viendra la déconvenue de l’Histoire, le portrait porte tout à la fois, la violence, la barbarie et la tragédie de l’humanité contemporaine.

Cette exposition conçue pour la Fondation Gianadda à partir des prestigieuses collections du Centre Pompidou autour de la question du portrait et de l’autoportrait, regroupe une soixan-taine de chefs d’œuvre exécutés par les artistes majeurs du XXe siècle : Pablo Picasso, Henri Matisse, Amedeo Modigliani, Henri Laurens, Fernand Léger, Alberto Giacometti, Antonin Artaud, Francis Bacon ou encore Antonio Saura…

Après la première révolution moderne qu’a représenté les portraits des humanistes par Dürer, Jan Van Eyck ou Frans Hals, après la fracture de l’Impressionnisme qui revendiqua une autonomie pour le peintre, l’artiste moderne a pratiqué le portrait en dépassant l’objectif de l’expression du modèle, pour aller au travers du sujet à la rencontre de son « moi intérieur» et de ses propres intentions artistiques.

L’artiste s’est affranchi dans le même temps, des contraintes jusqu’alors inhérente au portrait, celles fixées par les commanditaires, qui en attendaient jadis non seulement une représentation flatteuse mais aussi la mise en scène d’une position sociale grâce à un ensemble de signes parfaitement codifiés..

L’exposition a été conçue en cinq modules thématiques :

1. Les mystères d’une âme :

Sous ce titre, le cinéaste allemand G.W. Pabst réalisa un des premiers films de fiction ayant pour sujet la psychanalyse en 1926. Entre la théorie psychanalytique dans laquelle le rêve est conçu comme la voie royale d’accession à l’inconscient, et d’autres sciences ou pseudosciences comme la physiognomonie qui cherchèrent dans l’expression ou dans la morphologie du visage les données objectives de la personnalité il y a au tournant du siècle une convergence pour tenter de lire ce que l’homme considérait comme l’effroyable partie de lui-même. Deux courants artistiques, le fauvisme et l’expressionnisme se sont faits l’écho d’une subjectivité fragile de l’individu : les cernes des yeux des femmes de Chabaud ou de Jawlensky, semblent la métonymie de leur noirceur : femmes fatales ou anges déchus érigés picturalement en idoles d’un nouveau monde urbain et électrique. La mélancolie de Dédie, le regard bancal et difforme du groom de Soutine, l’effacement des traits du visage chez Jacques Villon, Marc Chagall ou André Masson exacerbent la présence quasi magique du monde intérieur du modèle.

2. Autoportraits

Leon Battista Alberti dans l’ouvrage De Pictura publié en 1435 évoquait à propos de l’origine de la peinture, un « Narcisse », amoureux de son image. L’artiste s’instrumentalise, utilise le miroir, pour reproduire trait pour trait sa propre image spéculaire. Cependant dans cette quête de soi qui prend la forme d’ une rencontre avec son image, beaucoup d’artistes reconnaissent la difficulté d’un portrait introspectif : le moi est le modèle assurément le plus complexe et le plus réfractaire à l’analyse. Beckmann dira : « … le Moi est le plus grand secret du monde ; Je crois au Moi dans sa forme éternelle et indestructible.» Cette difficulté inhérente à une quête introspective au travers de l’auto-représentation alliée à la question du « double », engendre pour chaque œuvre un manifeste métaphysique et pictural.

3. Le visage à l’épreuve du Formalisme

Nouvel homme ? Surhomme d’essence nietzschéenne ? L’isolement du visage du reste du corps, la simplification de la morphologie humaine pour une forme sans « accident morpholo-gique » éloigne la sculpture de l’image de l’enveloppe extérieure du modèle. C’est l’affirmation d’un anti-mimétisme qui relève, chez Constantin Brancusi, d’une conception platonicienne de la sculpture en tant qu’Idée. Pour les cubistes, la référence au primitivisme du masque rituel ou aux expressions archaïsantes du visage ont souvent été évoqués et les représentations n’ont pas manqués de susciter révulsion du public qui y voyait un outrage à ce qui fonde l’humain, voire même blasphématoire pour la partie de l’homme que Dieu a créé à son image. La ressemblance, concept inhérent au portrait semble devoir être définitivement écartée. Pourtant, si nous sommes loin de l’exercice mimétique du trait pour trait, le processus d’analyse et de synthèse de la physionomie du modèle par l’artiste permet non seulement une grande expressivité mais souvent aussi la traduction en langage plastique de la personnalité du modèle.

4. Chaos et désordres ou l’impossible permanence de l’être

Les œuvres réunies ici ont en commun une jubilation folle pour l’imperfection, à l’exact op-posé des canons de la beauté parfaite, hérités du classicisme de la Grèce antique.

Francis Bacon comme Alberto Giacometti élaborent des figures toujours au bord de la rupture, de la déconstruction ou de la décomposition. « Effondrement de l’être » écrira Jean Clair à propos de Boeckl, fracas du moi intérieur chez Artaud, vision de la mort qui s’invite en permanence mais parfois plus que d’autres, dans l’art du portrait. Dans le saisissant portrait de Caroline par Giacometti, la miniaturisation de la tête qui semble à l’arrière-plan du plan du corps, confère toute la puissance et l’autorité du modèle : « une petite masse de vie, dure comme un galet, bourrée comme un œuf » écrira l’écrivain Jean Genêt. L’universelle face humaine de Giacometti est aussi l’expression de la lutte insensée de la vie.

5. Après la photographie

A la maturation progressive du portrait académique au terme de longues séances de pose, la photographie a opposé au milieu du XIXe siècle, le miracle mais peut-être aussi la dictature de l’instantané. Tirer le portrait signifie en affirmer la fulgurance, garante de naturel et d’objectivité. Si la photographie a plagié et reproduit les codes de la peinture, notamment dans le domaine du portrait, la peinture a fait également un cheminement inverse mais symétrique : empruntant le principe de la pose instantanée et improvisée (Cassandre, Balthus), de point de fuite abaissé ou plongée (Beckmann, Derain tout à la fois revendiquant une picturalité, celle de la pâte ou du motif (Marquet ou Derain). En tant que dépassement de la photographie, la peinture du XXe siècle a réfuté le principe d’objectivité au profit de l’affirmation d’une situation picturale.

Jean-Michel Bouhours

Le commissariat de l’exposition est assuré par Jean-Michel Bouhours, Conservateur aux col-lections modernes, Centre Pompidou, Musée nationale d’art moderne.

Le catalogue de l’exposition Portraits. Collections du Centre Pompidou reproduit en couleurs toutes les œuvres exposées.

L'exposition Portraits. Collections du Centre Pompidou
la Collection Franck
le Parc de sculptures
le Musée gallo-romain et
le Musée de l'automobile


sont ouverts tous les jours
de 10 h à 18 h
du 2 mars au 24 juin 2012

Avec le soutien d'

Portraits - Rencontres

Photographies des années 50 de Léonard Gianadda
2 mars au 24 juin 2012
tous les jours de 10 h à 18 h

« Mon appareil de photo en bandoulière, je suis à l’affût d’un cliché intéressant… »

La photographie joue un rôle important dans le parcours de Léonard Gianadda. Elle est, dans les années 50, son premier moyen d’expression artistique. Et, lorsque, cinquante ans plus tard, Jean-Henry Papilloud et la Médiathèque Valais - Martigny sortent d’un oubli incroyable les œuvres réalisées par un photoreporter plein de promesses, l’étonnement est général. Cet étonnement fait bientôt place à une réévaluation de la trajectoire de l’ingénieur-mécène. Relié à ses activités ultérieures, le travail photographique de Léonard Gianadda éclaire et explique ce qu’il a fait par la suite.

Ainsi, dans cette nouvelle perspective, la création de la Fondation Pierre Gianadda n’est pas le commencement d’une nouvelle carrière, mais l’aboutissement d’un parcours artistique qui prend ses racines dans la découverte de l’art de l’Italie de la Renaissance et, surtout, dans sa démarche photographique du milieu des années 50.

Léonard Gianadda effectue de longs voyages sur les cinq continents. Il est intéressé par la vie quotidienne, les petites gens qu’il rencontre, le contact avec les hommes et les femmes qui partagent quelques moments avec lui. C’est ainsi qu’il propose, d’abord aux journaux valaisans, puis aux revues illustrées suisses, des reportages illustrés qui ouvre l’horizon des lecteurs sur les réalités de l’Italie, la Yougoslavie, la Grèce, l’Egypte, la Tunisie, le Maroc, et, bientôt, la Russie, le pourtour de la Méditerranée et les Amériques.

L’année 1957 est un tournant dans sa carrière de photoreporter et dans sa vie. Elle commence sur les chapeaux de roues. Le rédacteur de Radio TV Je Vois Tout lui demande de faire le portrait de Georges Simenon, en séjour à Lausanne. Avec un culot extraordinaire, le jeune Martignerain de 22 ans débarque, en février, au Lausanne Palace pour rencontrer le célèbre écrivain. Ce reportage se solde par un franc succès auprès de l’éditeur de Simenon, qui lui achète des tirages pour l’équivalent d’un salaire annuel d’ingénieur ! Il lui ouvre aussi le cœur d’Annette Pavid, qu’il rencontre en venant présenter son travail à l’Association des intérêts de Lausanne. Annette est séduite par les photos et par le photographe.

Dès lors, les reportages s’enchaînent à un rythme soutenu. Chaque période de vacances permet à l’étudiant ingénieur à L’EPUL de Lausanne de partir à l’aventure et chaque retour en Valais lui donne l’occasion de réaliser des reportages locaux. En février-mars 1957, il couvre pour la Télévision Suisse Romande, dont il est le premier correspondant pour le Valais, le vote des femmes à Unterbäch et à Martigny-Bourg. Pendant les vacances de Pâques, il fait un périple qui l’emmène en Italie et en Tunisie. En mai, il participe au pèlerinage Paris-Chartres, sur les traces de Charles Péguy.

Enfin, en juillet-août, il se rend à Moscou pour le Festival international de la Jeunesse et des Etudiants. Il en rapporte plus de 1300 clichés qui montrent des aspects inconnus de la vie quotidienne derrière le rideau de fer !

Enthousiasmé pour le photojournalisme, certain d’avoir trouvé sa voie, il fait une demande d’adhésion auprès de l’Association suisse des photographes de presse (ASPP), le 31 octobre 1957. Malgré le nombre important de reportages publiés, la qualité de ses photographies et un revenu annuel de Fr. 6'000.-, sa demande est formellement refusée en juin 1958 : « notre groupement ne peut considérer comme professionnelle une personne qui pratique le métier de reporter-photographe comme son passe-temps favori, mais qui en réalité est simultanément un étudiant poursuivant une activité tout à fait différente. »

La polémique qui a fait rage au retour de Moscou n’est pas mentionnée, mais il est probable que le scandale créé pas la photographie de Léonard Gianadda montrant János Kádár, chef de la répression hongroise, arborant l’insigne suisse du 1er août, n’a pas dû jouer en sa faveur…

A la suite de ce refus, l’idée d’une carrière de photoreporter est abandonnée. Ce ne sera pourtant pas la fin des reportages. Il y aura encore le fameux « Tour de la Méditerranée » en VW Coccinelle avec son frère Pierre, en 1960, et son voyage de noces en Amérique, en 1961.

De même que le photoreportage a permis de réévaluer sa carrière d’ingénieur et de mécène, aujourd’hui, après le décès de son épouse, nous prenons conscience qu’Annette Gianadda, au-delà de sa discrétion, a joué un rôle fondamental dans cette trajectoire étonnante. L’élément humain, en particulier, ressort de manière beaucoup plus forte. A tel point qu’il nous est paru intéressant de présenter, à partir des photoreportages des années 50 et 60, une exposition de « portraits » témoins de ces rencontres.

Dans la démarche du jeune photographe, la rencontre, la complicité d’un instant avec des enfants, une femme, un homme rencontrés au hasard d’une ville ou d’un village est essentielle : « on offre une grappe de raisin, une figue, une poignée de dattes. Bien plus : on sourit. », écrit-il dans le Nouvelliste valaisan, 1956. L’empathie avec les personnes photographiées, le désir de partage, passent par une démarche où la curiosité et l’esprit de découverte sont essentiels : « la vie de la cité ne se trouve pas dans les musées. Pour l’approcher, la toucher et l’entendre, il faut se rendre sur la place du Marché », écrit-il dans Le Confédéré en 1957. Par le choix du cadre et la mise en valeur de détails, nous découvrons une prise de conscience sociale, confirmée dans les textes qui accompagnent les photographies. Déjà lors de son premier voyage de 1952 en Amérique et à Cuba, il est frappé par les inégalités sociales et la misère qui règne dans certains quartiers. Le constat est identique lorsqu’il se rend en Egypte : « On a beaucoup parlé du canal de Suez au cours de ces dernières semaines ; pourtant, il n’y a pas que le canal en Egypte, il y a aussi de la misère, une population extrêmement hospitalière, des temples incomparables… et même des pyramides. De la misère ? Elle court les rues. » (Point de vue-Images du Monde, 1956).

Cette approche trouve comme un écho dans la création de la Fondation à but social Annette et Léonard Gianadda, inaugurée en 2010. Une démarche qui vient couronner une vie commune et témoigne de la sensibilité sociale de Léonard et Annette.

Lors des précédentes expositions, nous avions privilégié l’axe chronologique des reportages, désireux de suivre, pour mieux comprendre la suite, le parcours du jeune photoreporter.

Pour cette exposition, « Portraits-Rencontres », un autre cheminement s’est rapidement imposé. Il ne s’agissait plus de voyager d’un pays à un autre, mais d’essayer de rendre compte de ce qui a captivé Léonard Gianadda dans toutes ces rencontres, marquées par le hasard et la curiosité. De « fil en aiguille », une image en appelant une autre, un parcours à travers quinze thèmes est né. Un peu à la manière de « marabout… bout de ficelle… », les photographies s’enchaînent naturellement, chacune amenant la suivante pour nous ouvrir de nouveaux horizons.

Les Portraits-Rencontres seront donc : au pays de l’enfance, à table, de l’eau, de la séduction, sur la tête, sous le soleil, au repos, sur les chantiers, en voyage, en uniforme, de la tendresse, à l’écoute, à la dérobée, des mains agiles, en musique… Une forme de mise en scène qui fait écho à ce qu’écrit le jeune reporter dans le Moto-Touring de 1957, « Le spectacle est dans la rue ; on n’a qu’à s’asseoir devant un excellent café turc et regarder défiler devant soi la foule, pour avoir une idée de la couleur locale. Tout passe comme sur un écran de cinéma… »

Encart :

Portraits-Rencontres, en parallèle à l’exposition Portraits. Collection du Centre Pompidou.
L’accueil de l’exposition Portraits. Collection du Centre Pompidou à la Fondation Pierre Gianadda a offert l’opportunité pour présenter, en parallèle, les portraits réalisés par le jeune photoreporter Léonard Gianadda, dans les années 50. Plusieurs éléments nous ont encouragés à mettre sur pied cette réalisation : tout d’abord, l’intérêt du travail photographique de Léonard Gianadda, déjà souligné lors de plusieurs expositions ; la place importante qu’occupent les portraits dans ses photoreportages, et, enfin, le désir de tenter une relecture de son œuvre, en hommage à son épouse Annette.
Cette exposition, d’environ 120 tirages, est accompagnée d’un catalogue de 160 photos.

Le commissariat de l’exposition est assuré par Jean-Henry Papilloud.

Le catalogue de l’exposition Portraits-Rencontres. Photographies des années 50 de Léonard Gianadda reproduit 160 photographies.

Les expositions
Portraits-Rencontres. Photographies des années 50 de Léonard Gianadda
Portraits. Collections du Centre Pompidou
la Collection Franck
le Parc de sculptures
le Musée gallo-romain et
le Musée de l'automobile


sont ouverts tous les jours
de 10 h à 18 h
du 2 mars au 24 juin 2012

Avec le soutien d'