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Signac

18 juin - 23 novembre 2003
ouvert tous les jours de 9 h à 19 h




La Fondation Pierre Gianadda a fêté en 2003 son 25e anniversaire. A cette occasion, elle a organisé une rétrospective Signac, la première jamais présentée en Suisse.
Une centaine d’œuvres – huiles sur toile, études peintes, dessins et aquarelles – retracent l’ensemble du parcours de l’artiste. Elles prouvent que Paul Signac (1863-1935) a bien été le peintre de la Méditerranée, mais qu’il s’est aussi montré sensible à la poésie des banlieues industrielles et des grands ports modernes. Ces œuvres témoignent de l’enthousiasme suscité chez le jeune Signac par la découverte de l’impressionnisme, puis de sa contribution à la naissance du néo-impressionnisme aux côtés de son ami Georges Seurat et, enfin, de l’adoption d’une technique plus libre aux couleurs plus intenses après son installation à Saint-Tropez. Elles montrent aussi comment l’œuvre graphique de Signac accompagne cette évolution, passant des beaux dessins en noir et blanc des premières années parisiennes aux aquarelles souples et colorées qui, à la fin de son existence, prendront largement le pas sur son œuvre peint.

1882-1885: la période impressionniste
A 16 ans, Signac, adolescent, partage son existence entre Montmartre, où il se lie aux milieux littéraires d’avant-garde et fréquente le cabaret du Chat noir, et Asnières, où il s’initie aux joies de la navigation de plaisance. Il découvre, dès 1880, sa vocation de peintre à l’occasion d’une exposition de tableaux de Monet et il n’a pas 18 ans quand il peint ses premières études impressionnistes. Elles sont à l’image de ces années de jeunesse, libres et indépendantes. Signac choisit de peindre des vues de Montmartre, alors en cours d‘urbanisation, et d’Asnières où se trouve son domicile familial. Cette banlieue résidentielle de Paris est alors en plein développement et, des deux côtés de la Seine, s’y font face deux aspects complémentaires de la modernité qu’il aime peindre: le développement industriel et technique d’une part, la naissance des loisirs nautiques d’autre part. L’été, Signac quitte Paris et sa banlieue pour les bords de mer, Port-en-Bessin ou Saint-Briac, où il peint des marines très enlevées. D’emblée, la couleur s’affirme avec force dans ces premières toiles. L’artiste y privilégie déjà les vues frontales qui lui permettent de combiner les lignes horizontales et verticales pour distinguer nettement les plages géométriques et colorées.

1886-1891: les premières années néo-impressionnistes
En 1884, Signac rencontre Seurat à l’occasion de la création du Salon des Indépendants. Tous deux admirent Delacroix, s’intéressent à La Grammaire des arts du dessin de Charles Blanc et lisent les traités d’optique de Sutter et de Rood. Ils rendent aussi visite à Chevreul et rencontrent Charles Henry, jeune savant qui publie en 1885 son Introduction à une esthétique scientifique. Progressivement, l’idée du "mélange optique des couleurs" s’impose à eux et, dès l’automne 1885, Seurat juxtapose des touches de couleur pure sur les tableaux entrepris à Grandcamp. Il reprend ensuite entièrement sa grande toile Un dimanche à la Grande Jatte qui, dans un premier temps, n’était pas divisée. En février 1886, Signac, définitivement convaincu, retravaille à son tour à petites touches Les Modistes, important tableau de figures qu’il a décidé de présenter à la huitième exposition impressionniste. Il peint des paysages néo-impressionnistes dans les environs d’Asnières dès le printemps 1886 et exécute sa première série de toiles divisées au cours de l’été qu’il passe aux Andelys.
Les premiers dessins connus de l’artiste datent de 1885. A l’instar de son ami Seurat, l’autodidacte Signac utilise alors la technique du crayon Conté et produit des œuvres en noir et blanc où les formes naissent du contraste des zones d’ombre et de lumière. Remarquons que l’artiste ne "pointille" un dessin que lorsqu’il s’agit de reproduire un tableau néo-impressionniste dans la presse. Signac a trouvé dans cette technique qui prône l’objectivité de l’observateur scientifique un équivalent stylistique du regard détaché qu’il porte sur le monde. Mais c’est surtout parce qu’il y voit un procédé lui permettant d’exalter la couleur qu’il l’adopte définitivement. Les paysages de banlieues sont progressivement remplacés par les admirables séries de marines peintes à Portrieux, Cassis et Saint-Briac, qui atteignent un dépouillement et une sérénité extrêmes. L’hiver, Signac peint des scènes de la vie moderne empreintes d’un humour caustique, comme Un dimanche, scènes soigneusement élaborées pour lesquelles il multiplie les études peintes et dessinées. La mort brutale de Seurat en 1891 laisse Signac profondément désemparé. Dans les mois qui suivent, il peint cependant les très sereines marines de Concarneau et Femme se coiffant, un des sommets de son œuvre. Il sait que l’avenir de la nouvelle école attaquée de toutes parts est désormais entre ses mains, et il devient l’indéfectible porte-parole du néo-impressionnisme.

1892-1900: Saint-Tropez
La découverte de Saint-Tropez au printemps 1892 marque un tournant dans la vie et l’œuvre du peintre. Désormais, il quitte Paris au printemps, dès que l’organisation du Salon des Indépendants le lui permet, et s’installe dans le petit port méditerranéen jusqu’à l’automne. Il peint alors avec une évidente jubilation la silhouette aujourd’hui célèbre du village et de la jetée qui se profilent sur les collines des Maures et de l’Esterel. Il peint aussi les pins parasols, les cyprès et les platanes, les tartanes et les voiliers dans une lumière dont il ne se lasse pas d’analyser les subtilités. Sans renoncer à la division des couleurs, il adopte une manière plus libre et, comme dans ses études peintes d’après nature, ses touches de couleur s’élargissent. Les toiles où il peint une Méditerranée immuable gagnent en force et en simplicité.
C’est aussi à Saint-Tropez que l’artiste découvre la technique de l’aquarelle qui, au fil des ans, prendra dans son œuvre une place prépondérante. Dans un premier temps, il adopte une technique japonisante où les transparences délicates de l’aquarelle sont fermement structurées par un trait à l’encre de Chine. Mais ici aussi, le peintre évolue vers une plus grande liberté: sur un léger tracé à la mine de plomb, il laisse courir les traits colorés du pinceau qui traduisent instantanément ses sensations visuelles.

De 1893 à 1900, Signac s’essaie aussi à la peinture décorative, particulièrement à l’honneur en cette fin de siècle. Vers 1900, il participe sans succès au concours pour la décoration de la mairie d’Asnières et, comme en témoignent les importantes esquisses peintes qu’il nous a laissées, il renoue à cette occasion avec le thème des banlieues.

1901-1935: la libération de la couleur
Dans les premières années du siècle, Signac peint des scènes des bords de Seine et des paysages méditerranéens. Il peint aussi Venise et ses monuments suspendus entre l’eau et le ciel, le port de Rotterdam avec sa confusion et son agitation intense, ou Constantinople qui apparaît dans ses toiles comme une mosaïque byzantine. L’admirateur de Claude Lorrain et de Turner compose alors des toiles dont le classicisme décoratif et les couleurs exaspérées sont bien éloignés de l’objectivité "scientifique" des débuts. A cette époque, les expositions consacrées à Signac se multiplient à Paris; en Europe, il participe à la plupart des grandes manifestations d’avant-garde comme la Sécession viennoise ou l’exposition du Sonderbund à Cologne. Son traité D’Eugène Delacroix au néo-impressionnisme, publié en 1898 et réédité à plusieurs reprises, est lu par toute une génération de jeunes peintres, et nombreux sont ceux qui viennent lui rendre visite à La Hune, la villa acquise peu après son arrivée à Saint-Tropez. Son activité d’organisateur d’expositions au Salon des Artistes indépendants, dont il devient le président en 1908, contribue aussi à faire de lui une figure de premier plan de la scène artistique européenne. Au cours de la première décennie du XXe siècle, un intérêt renouvelé pour la couleur se manifeste, et de Matisse à Picabia, en passant par les futuristes italiens, sans oublier Mondrian et Kandinsky, la technique néo-impressionniste, librement interprétée, sera un passage libérateur qui ouvrira des voies nouvelles. Pourtant, 1910 marque le début d’une crise: Signac quitte Saint-Tropez en 1913 et s’installe à Antibes où la guerre le fixe momentanément. Cet anarchiste convaincu voit son univers et ses idéaux pacifistes s’écrouler: il peint très peu jusqu’en 1918. Après la guerre, il reprend les rênes des Indépendants, et la série d’études peintes à Antibes témoigne d’une vigueur et d’une énergie intactes. Signac reprend aussi ses pérégrinations qui deviennent quasi incessantes. Désormais, il sillonne la France, le pinceau d’aquarelliste à la main. S’il présente chaque année quelques toiles néo-impressionnistes au Salon des Indépendants, de vues de la Seine ou de Saint-Malo qui prouvent que sa passion pour la couleur est intacte, c’est l’aquarelle qui lui procure ses véritables joies d’artiste. Son dernier grand projet est celui des ports de France, peints à l’aquarelle, où de jour en jour nous pouvons suivre son périple. Signac traduit avec ardeur les aspects contrastés des paysages de France et nous laisse alors le beau témoignage d’une curiosité toujours en éveil, aussi attentive à décrire le gréement d’un terre-neuva traditionnel que les équipements les plus modernes des ports d’avant-guerre.



Catalogue de l'exposition

Le catalogue de l’exposition reproduit en couleurs toutes les œuvres exposées. Les textes ont été rédigés par Marina Ferretti-Bocquillon, avec une introduction de Françoise Cachin.
Prix de vente CHF 45.– (env. € 30.–).


Le commissariat de l’exposition est assuré par Françoise Cachin et Marina Ferretti-Bocquillon.
Françoise Cachin est la petite-fille du peintre et l’auteur du catalogue raisonné, en collaboration avec Marina Ferretti-Bocquillon, qui a été cocommissaire de la rétrospective Signac présentée aux Galeries Nationales du Grand Palais, à Paris, en 2001.



 

Les Voiles latines.
Saint-Tropez
~ 1910-1916
Aquarelle
23,5 x 31,5 cm
Collection particulière


Clocher de Saint-Tropez
1896
Huile sur toile
81 x 65 cm
Fondation Bemberg,
Toulouse


Saint-Tropez, le port
1895
Aquarelle rehaussée à la plume
21 x 27 cm
Collection particulière


L’Arc-en-ciel (Venise)
1905
Huile sur toile
73 x 92 cm
Collection particulière, Suisse


La Corne d’or. Matin
1907
Huile sur toile
73 x 92 cm
Musée des Beaux-Arts de Marseille / dépôt du Musée d’Orsay


Antibes. Vent d’est
1918-1919
Huile sur bois
18,5 x 24 cm
Collection particulière


Le Mont Blanc vu depuis le lac de Chedde
1919
Aquarelle
29,7 x 44,8 cm
Musée Alpin de Chamonix