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Albert Chavaz – 100e anniversaire

6 décembre 2007 au 9 mars 2008
tous les jours de 10h à 18h


CHAVAZ – La couleur au coeur

Voici un peu plus d’une année, Edouard Vallet (1876-1924) était à la cimaise de la Fondation Pierre Gianadda à Martigny. Son compatriote, Albert Chavaz (1907-1990), lui succède. Ils ont en commun d’avoir suivi, à trente ans d’intervalle, les cours des beaux-arts à Genève, d’avoir fait du Valais leur seconde patrie, célébrant le Vieux Pays sans jamais succomber au folklore. Tous deux ont habité Savièse – Chavaz y demeurant jusqu’à la fin de ses jours – où tant de peintres firent leur miel non seulement d’une lumière incomparable, mais de ce que les autochtones pouvaient offrir de mieux : poser pour eux.
Chavaz, dont on commémore cette année le 100e anniversaire de la naissance, se distingue de Vallet par l’ampleur de ses activités et la durée de son parcours. Non seulement il s’adonne à la peinture, au dessin et à la gravure, mais s’investit pleinement dans la céramique, la mosaïque, la fresque et le vitrail, multipliant les ouvrages civils et religieux. L’art monumental l’aura partiellement nourri, – matériellement et spirituellement –, le conduisant à maîtriser des techniques bien spécifiques. Mais qu’on ne s’y trompe pas, il est d’abord et avant tout un peintre doublé d’un virtuose de l’aquarelle, cet art qui n’a pas encore su trouver son public. C’est pourtant l’expression de la spontanéité et du génie, comme l’a magistralement démontré Turner. Si Chavaz n’a pas de maître à proprement parler, il n’aura de cesse de courir les musées et les expositions dans toute l’Europe, s’enquérant des procédures adoptées par les Anciens tels Corot, Courbet, le Titien, et plus près de nous Cézanne, Poliakoff ou de Staël. Alors qu’il est à Florence en 1956, il note : «Un tableau est une chose complète, solide de partout. Les mains jointes et mêlées solidement.» On le retrouve entièrement dans cet aphorisme.

Plus de 150 œuvres du maître à Martigny

L’exposition qui entend lui rendre hommage rassemble près d’une centaine d’huiles, une trentaine d’aquarelles, une vingtaine de gravures, sans compter des gouaches et des dessins. A ce propos, rappelons l’intérêt de Chavaz pour l’estampe, à travers l’eau-forte, la lithographie, la linogravure et surtout l’aquatinte. Dès les années 70, il va investir périodiquement l’atelier de taille-douce de Saint-Prex animé par Pietro Sarto. L’occasion d’illustrer admirablement différents albums dont : Paysages – Poèmes de Jacques de Chastonay, Salutation paysanne de C.F. Ramuz, enfin Une famille d’arbres, textes choisis de Jules Renard.
Un hommage appuyé doit être rendu au dessinateur dont les carnets de croquis regorgent de notations saisies au fil du temps. Le visiteur aura le privilège de visionner plus de 3000 esquisses projetées en boucle, réalisées pour la plupart au stylo-bille. Une telle somme avalise sa capacité à capter l’essentiel avec l’acuité de l’aigle.
Le paysage, les scènes de genre, le nu, la nature morte, le portrait sont différents registres dans lesquels il aime à s’exprimer ; on en retrouve de multiples exemples dans l’enceinte de l’exposition. La notion même de portrait trouve chez lui une extension singulière car, d’un paysage, d’un nu, il fait finalement un portrait. L’ensemble de son œuvre est placé sous le signe de la synthèse, d’une version architecturée des sujets. A son anxiété native répond souvent une plénitude dans l’aboutissement de la chose peinte. On est tenté de dire que Chavaz s’adonne à des transmutations en laboratoire, en l’occurrence son atelier. Une paroi de ce lieu mythique, reconstituée à l’identique, restituera l’ambiance de travail de l’artiste à Savièse. Comme le rappelle Paul Riniker dans le catalogue de l’exposition, Chavaz est perçu comme «un coloriste en état de grâce». Mais l’homme n’est pas qu’un pur esprit, il est gourmand de la vie et le laisse transparaître dans maintes compositions, qu’il s’agisse de nus ou de natures mortes. Convivial, il a pareillement le sens des relations humaines et cultive l’amitié comme personne.

Des écrits pour en savoir plus

Certains artistes vous laissent orphelins, n’abandonnant derrière eux que quelques-unes de leurs œuvres. Chez Chavaz, le nombre de documents susceptibles de nous éclairer sur sa personnalité et son oeuvre est considérable. Sa difficulté d’élocution lui fait souvent choisir le chemin de l’écriture. Avec son condisciple, le peintre Emile Chambon, il échangera plus de 350 lettres, d’autres correspondances, plus modestes mais non moins importantes, nous diront ses relations avec d’éminents personnages comme René Auberjonois, Charles-Albert Cingria ou Maurice Chappaz, sans parler d’une profusion de messages adressés à des amis d’ici ou d’ailleurs. Il ne réserve pas les pages de ses carnets aux seuls croquis, il y consigne aussi ses réflexions, qu’elles soient d’ordre plastique, existentielle ou métaphysique. Des agendas de poche, au nombre de dix-huit, balisent son parcours, constituant aussi une mine inédite de renseignements. Autre source d’importance : le catalogue raisonné des travaux à l’huile, ne comptant pas moins de 2383 numéros ! Quelques vitrines de l’exposition mettront l’accent sur cet aspect des choses.
Aucun ego surdimensionné chez le peintre de Savièse. Son ouverture aux autres s’exprime de nombreuses façons. L’exposition fait la part belle à l’une d’elle en consacrant une salle à des artistes évoluant dans sa galaxie. C’est ainsi qu’on pourra admirer, parmi d’autres, des œuvres de Courbet, Félix Vallotton, Alice Bailly, René Auberjonois, Emile Chambon, Alexandre Cingria, Fernand Dubuis, Angel Duarte ou Gottfried Tritten. L’occasion de faire plus ample connaissance avec la collection de l’artiste constituée de coups de cœur, d’échanges et de cadeaux.

Du côté de l’image animée

Dans le cadre de l’exposition, un court métrage sera présenté. Jean Reusser, pour la réalisation, et Jacques Dominique Rouiller, pour l’image et les interviews, s’appuient sur différentes contributions mettant en scène trois des enfants du peintre, Véronique, Bernard et Denis. Par ailleurs, Pietro Sarto, Isabelle Tabin-Darbellay, Françoise Carruzzo et Jean-François Reymond apportent leurs témoignages en tant qu’artistes, tandis que Diane Bennent et Marianne Rochat-Held font part de leur expérience de modèles. En photographe inspiré, Oswald Ruppen évoque ses visites à l’atelier de Zambotte.
Commissaire de l’exposition : M. Jacques Dominique Rouiller